6.20.2005

mémoire - ne plus savoir

revenons au chagrin initial
celui qui a mis le pied à terre
revenons en arrière parmi ceux qui nous regardent partir
comme des grands oiseaux étranges égarés
offrons-leur quelques années de certitude
quelque espoir qu’on aurait omis de mentionner dans notre alphabet utopique
offrons-leur quelque chose qui meurt
comme une fleur
quelque chose de doux qui plierait sans résistance sur le roc de notre impeccable rhétorique
quelque chose qui serait plus beau dans la fragilité que dans l’impossible
donnons-leur un regard pour qu’ils puissent voir aussi loin que nous
à ceux qui nous regardent partir

revenons au départ innocent
avant que ne se détourne le regard
revenons au sein offert à la nudité
quand elle avait plus de poids que l’horizon
avant qu’il ne change de cap sans qu’on n’ait pu comprendre
la séparation des terres par cet océan imaginaire
ces griffonnages confus cumulés sur la surface limpide de l’eau
que nous avons écrit de notre sang
l’encre est noire